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 tionnerai avec éloge YHébé de Chavanne. Cette statuette est bien
exécutée-, elle a un peu du style grec.Malgré le succès de mode qu'ont
 eu, à Paris, les bronzes de Taglioni et de Fanny Elssler, malgré la
 magnifique robe de cette dernière, j'en suis faiblement charmé.
•—Au moment où je me disposais à prendre la porte du salon, après
y avoir jeté un dernier regard, voici que je tombe en face d'une mul-
titude d'aquarelles, destinées sans doute aux menus plaisirs des ama-
 teurs. Permettez-moi, à ce sujet, de vous raconter une petite histoire :
En l'an de grâce 1835 ou 1836, il vint à Paris un Polonais ou un
 Turc, je ne me rappelle pas au juste lequel : il était inventeur d'un
instrument étrange fait tout en bois et en paille dont il jouait avec
habileté. Il fallait voir avec quelle prestesse ses doigts en parcou-
raient lès touches ! Le talent de l'exécutant était grand, mais le plaisir
des auditeurs était mince. Bref, il fut devenu un Liszt s'il eût étudié
le piano au lieu de son diable d'instrument. Les gens habiles comme
 William Callow, Hubert et Girard qui s'occupent d'aquarelles
ne ressemblent-ils pas un peu à mon homme. Ils ont beau faire,
les couleurs à l'eau seront toujours pâles et froides, et offriront peu
de ressource au pinceau le plus habile.—Les demoiselles Colin ont
fourni un beau contingent ; nous sommes trop galants pour en par-
ler. — L'un des dessins d'Antonîn Moine est une chose curieuse:
cet homme dur et sombre, au costume moyen-âge, est modelé avec
une vigueur extraordinaire ; l'effet en est très original. — Les deux
études au crayon de Jules Coignet sont d'une finesse remarquable.
— Le mauvais Conseil de Rudder vaut mieux qu'une aquarelle. On
y trouve ]a même entente do la couleur que dans ses peintures à
l'huile. Le petit garçon qui fait une vilaine action dans le chapeau
de son père est excessivement naïf. On se rappelle Téniers en voyant
ces hommes attablés dans l'ombre.
   Je ne terminerai pas sans vous faire part de l'audace avec laquelle
les artistes de la capitale envoient en province les rebuts de leurs
ateliers. MM. Mercey, Jolivard, P. Huet, H. Vernet, E. Fort, Gué,
J. Ouvrié, etc., auraient grand tort de compter sur leur exposition,
de cette année pour consolider la réputation qu'ils se sont acquise à,
Paris. Le dédain du public en a fait justice.