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  saurait so dire. Elle veille sur les conseils du Prince; elle sourit à
  sa jeune famille. Devant elle s'agenouille la jeune duchesse, cette
  belle italienne de Naples, que Florence a adoptée comme sa fille
  bien-aimée. Quand la cour quitte le palais d'hiver pour le palais
  d'été, la sainte madone suit le grand-duc ; elle passe des voûtes do-
  rées de ce palais de pierre aux ombrages odorants du Poggio im-
périale. Quand le duc va visiter sa vieille cité de Pise, il emmène
 avec lui la sainte madone, et l'on dirait que la vieille cité ciselée s'en
  vient au devant du chef d'Å“uvre. Si bien qu'il est presque impossi-
 ble de pénétrer jusqu'à la Vierge du voyage, tant elle fait partie in-
 tégrante de cette famille royale si simple, si bonne, et pourtant si
 cachée dans l'ombre de ce palais, où elle se fait humble et petite
 pour laisser plus de place aux étrangers.
     « Cependant, à la fin de l'été passé, un jeune artiste, venu de
 France, entrait à Florence tout exprès pour admirer et pour copier
 le chef-d'œuvre inconnu de Raphaël. Comme il était tout occupé de
 son divin modèle, il s'était fait raconter, chemin faisant, par quelle
 suite de vicissitudes incroyables avait passé ce chef d'œuvre. lî
 avait d'abord appartenu à une vieille dame qui n'était elle-même
que le dernier débris d'une vieille famille Guelfe ou Gibeline, dis-
 parue depuis la tempête. Cette dame était morte, et, en mourant,
elle avait laissé cette toile précieuse et sans nom, à une vieille ser-
vante qui avait prié aux pieds de la vierge sans la regarder, et qui,
même l'eût-elle regardée, ne l'eut pas vue. Cette femme morte, le
tableau avait été vendu à l'encan sur un quai de l'Arno et pour un
écu. II avait passé ainsi de main en main, de brocanteur en bro-
canteur, jusqu'à ce qu'enfin la poussière et la rouille qui souillaient
ce noble visage vinssent à disparaître. Alors apparut dans tout son
éclat la sainte madone ; alors l'Italie, émue et charmée, reconnut le
chef-d'Å“uvre par des transports et par des adorations unanimes ;
alors enfin, rendu à sa gloire première, Raphaël entra triomphant
dans ce palais de Pitti, que lui avait ouvert Laurent de Médicis.
    « Notre artiste arrivait donc à Florence, plein d'espoir, et triom-
phant comme un homme qui se sent dans sa patrie véritable ; mais,
juste ciel ! que devint-il quand on lui dit que cette Vierge du voyage,