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dans la religion réformée, et avait abjuré, en 1685, entre les
mains du père Lachaise. Certes, ce n'était pas cette abjuration
qui allumait la bile du satirique lyonnais ; il n'était choqué que
de ses prétentions et de sa vanité poétiques : aussi, quand il
trouvait l'occasion de le mordre , se gardait-il bien de la laisser
échapper.
Un certain jour, Perrachon eut l'idée d'adresser à Mme de Che-
vri y grande-prieure du monastère de St-Pierre , à Lyon, le sonnet
suivant :
De toutes les vertus posséder l'excellence,
Joindre aux béantes du corps le cœur grand, l'esprit beau.
Au langage des Dieux unir son éloquence,
Servir aux lieux sacrés d'exemple et de flambeau ;
D'un saint palais, modeste en sa magnificence ,
Sans peine, incessament soutenir le fardeau,
N'ignorer aucun art, ni langue, ni science ,
D'une illustre vestale est l'imparfait tableau.
Souvent je me suis plaint que le destin avare
Voilait à l'univers un miracle si rare y
Mais enfin j'ai connu la justice des cieux :
Des souverains décrets la sagesse profonde
D'un objet si divin juge indigne le monde,
Et refuse aux mortels le chef-d'œuvre des dieux.
Ce sonnet, à la louange d'une supérieure de monastère, pouvait
bien paraître quelque peu galant, et en quelque sorte assez dépla-
cé: Gacon ne fit cependant aucune attention à cette petite inconve-
nance, et voici la réponse qu'il se contenta de faire à l'auteur.
De ses vers mal construits nous vanter l'excellence,
Crier à ses lecteurs : que cet endroit est beau!
Faire en des jeux de mots consister l'éloquence,
De sa propre raison éteindre leflambeau;
Prendre un pompeux Phœbus pour la magnificence,
Se faire de la rime un très-pesant fardeau,
Pêcher contre la langue , avoir peu de science ,
Du fade Perrachon voilà le vrai tableau.
Apollon de son feu lui fut toujours avare :
De semblables esprits l'espèce n'est pas rare ;
Il en est par milliers sous la voûle des cieux :