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Ce n'est pas qu'il n'y ait aussi des imperfections et quelque*
taches dans ces poésies ; toutes ne sont pas irréprochables ; mais,
comme l'a dit Horace ;
Ubi plura nitent in carminé, non ego paucis
Offendar maoulis ; ,
La justice voulait donc qu'on payât d'abord le tribut d'éloges
que M. Faure mérite à si bon droit. Tout en reconnaissant quel-
ques négligences et des endroits faibles qui n'échapperont pas
aux yeux de la critique, nous pouvons, dès aujourd'hui assigner
à l'auteur un rang distingué dans la hiérarchie littéraire.
P. Y.
POÉSIES DE PHILIPPE JANNOT.
Encore une lampe qui s'éteint avant que le jour soit venu; en-
core un poète qui meurt en se révélant.
Nulle époque n'a dévoré tant de jeunes âmes qui ne pouvaient
plus vivre avec leurs corps ; âmes d'anges, étincelles de Dieu ;
corps terrestres saturés de misères et de souffrances. L'une est
remontée vers sa p a t r i e , l'autre est restée sur la sienne. Quel-
ques jeunes gens pleurent un a m i ; quelques ouvriers, que les
chants du poète aidaient à souffrir, regrettent leur chansonnier,
et voilà tout. Demain une autre mort prématurée , un suicide
peut-être, viendront nous déceler encore un talent étouffé sous
notre civilisation et nos lois, quittant le monde qu'il n'a pas
c o m p r i s , oiseau blessé qui chante en t o m b a n t , et demain on
aura oublié tout ce qui passait hier, talens et suicides , poésie et
trépas.
Philippe Jannot naquit à Bourg, sur les bords de la Reyssouse,
ruisseau charmant qui coule au travers de belles prairies , sous
des saules verts , mais qui baigne aussi l'hôpital et le cimetière ;
le jeune bressan vint à Lyon, la ville de soie et d'argent, de
haillons et de pauvreté ; il était pauvre aussi, et quand il eut dé-
voré toute sa part de la misère qui décolore et tue notre pauvre
peuple lyonnais, quand le travail eut bien endolori son c o r p s ,
il retourna aux bras de sa vieille m è r e , aux bords de la Reyssouse,,