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En abaissant vos regards , le spectacle change brusquement;
Au lieu de cet aspect si grand, si poétique, vous voyez s'élen.
dre un rideau monotone de coteaux plantés de vignes et couverts
de petites maisons blanches semblables à des sépulcres ; puis
succède un délicieux paysage. Avec quel abandon l'Å“il suit Ã
travers les prairies elles bouquets d'arbres qui les ombragent,
les harmonieuses sinuosités du Dolezon et de la Borne ; trois
riantes vallées chargées de moissons et de fleurs se pressent
comme de fraîches villageoises aux portes de la ville pour offrir
à ses habitans les productions de Teur fertile sol ; enfin, positi-
vement au-dessous de vos pieds , sur le revers oriental du mont
Auis, le Puy se déploie comme un vaste manteau de diverses
pièces , et dont les extrémités inégales reposent négligemment
sur la plaine.
A votre droite, s'élève du fond de la vallée, à deux cent
soixante-cinq pieds au-dessus du sol, un rocher isolé, semblable
à un obélisque colossal ; autrefois il était couronné par un
temple consacré à Mercure, aujourd'hui remplacé par une cha-
pelle sous l'invocation de saint Michel, et où les habitans des
environs viennent en pèlerinage une fois par année , le 30 sep-
tembre. J'ignore ce que vous éprouverez en contemplant cette
masse à la forme luxorienne et terminée par un clocher. Pour
moi, dans la disposition où je me trouvais , il me fut impossible
d'y rien trouver de religieux -, elle m'inspira les vers suivans :
De ton antique chapelle
La cloche en vain nous appelle ;
Michel, que fais-tu là -haut?
Malgré toi, sur notre tête ,
Depuis long-temps la tempête
Souffle le froid et le chaud.
Pour veiller sur cette ville ,
Bon saint, du céleste asile
En vain tu t'es arraché ;
Sur cette cime pointue ,
En sentinelle perdue,
Hélas ! tu restes perché.