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232 Pipeur, jureur, larron , blasphémateur, Au demeurant le meilleur fils du monde, (Vous voyez que je connais un peu mon Marot. ) C'était utï drôle à mentir au bon Dieu. O r , ce fut le seul compagnon de M. D u m a s , pendant une grande heure et demie que dura le re- pas de celui-ci. Il y eut de part et d'autre un effrayant échange de p a r o l e s , de demandes et de réponses. En sortant de t a b l e , M. Dumas passa près de moi dans le corridor ; il me prit la main et me dit : « Vos truites sont délicieuses, mais elles ne compen- seront jamais une fluxion de poitrine ; servez-les un peu moins belles , croyez-'moi ; faites au besoin des filets de chamois avec du b o u c ; et laissez vivre vos g e n s . » — J e n'y compris absolument rien. — M. Dumas partit le lendemain. — A quelques mois de-là , survient un voyageur. Il déjeûna, puis vint me joindre devant la porte. J'étais à marchander des fruits. — « Maurice ira-t-il pêcher ce soir? me demanda-t-il. — Quel Maurice, s'il vous plaît? — E t parbleu, Maurice, votre pêcheur , à moins qu'il y en ait deux? — Connais pas. — Madame n'est pas la maîtresse de céans, ou ce titre ne lui appartient que depuis peu de temps ? — L'hôtel et moi, moMisieur, vieillissons de compagnie depuis huit ou dix ans au m o i n s . — En ce c a s , m a d a m e , il serait étonnant que vous ne connussiez pas Maurice, puisque c'est Maurice qui vous fournit des truites depuis la mort de son prédécesseur Joseph, jusqu'à ce qu'il plaise a u n e bonne fluxion de poitrine de l'emportera son tour.» Vous plairait-il, m o n s i e u r , luidis-je, de m'expliquer —Volon- tiers, madame. « Et tout de suite il tirade sa poche un volume qu'il me présenta après l'avoir ouvert.»—Veuillez prendre connaissance de ce petit chapitre, me dit-il, puis, je vous demanderai comme Basile: qui diable est-ce donc qu'on trompe ici?— Je pris le livre. Il était intitulé: Impressions de voyage, par M. Alexandre Dumas. Je parcourus rapidement le chapitre qui m'avait été indiqué et j'appris en substance : Que j'avais à mon service des hommes dressés comme des cor- morans et dés chiens de chasse, à me rapporter le poisson et le gibier qu'il me plaît de leur envoyer quérir. Exemple : Je dis à Pierre, mon chasseur: Pierre, il me faut du chamois; et Pierre prend sa carabine, s'en va par les glaciers , l e s rocs elles abîmes.