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292                         BIBLIOGRAPHIE

     Werther avait occasionné des suicides ; les Brigands déterminèrent
quelques étourdis à quitter l'Université de Leipzig pour aller vivre dans
les forêts. C'est à Weimar que les deux poètes composèrent leurs
œuvres les plus célèbres. L'histoire leur a porté malheur. Goethe avait
fait d'Egmont le défenseur de la liberté politique et religieuse dans les
Pays-Bas ; Egmont n'était pas un défenseur des libertés publiques.
Dans don Carlos, Schiller fait également du fils de Philippe II un patriote
et un libéral ; par malheur don Carlos n'était qu'un fou. Dans la
Pucelle d'Orléans, Schiller nous représente une jeune fille qu'anime une
vulgaire passion, tandis que l'histoire nous montre en elle une héroïne
et une sainte, et il supprime, on ne sait pourquoi, sa mort sur le
bûcher de Rouen, pour la faire périr dans une dernière victoire rem-
portée sur les Anglais. Dans Marie Staart enfin, il ne voit qu'une
coupable dont le crime est effacé par le repentir, alors que l'histoire a
démontré son innocence et ne laisse plus debout que la haine hypocrite
d'Elisabeth et la résignation chrétienne de sa victime. Il est difficile de
s'intéresser à des drames dans lesquels l'histoire est à ce point travestie.
 Si la vérité semble mieux respectée dans Wallenstein et Guillaume Tell,
 serait-ce parce que, sur ces deux grands sujets, Schiller s'en est tenu à
 des lignes générales.
   C'est aussi à Weimar qu'apparaît la différence morale qui existe
 entre les deux poètes. Pendant que Gcethe installe chez lui, pour en
faire sa ménagère et sa maîtresse, Christiane Vulpius, la fille d'un
ivrogne, Schiller épouse une jeune fille noble, Charlotte de Legenfeld,
et trouve en elle une compagne digne de lui.
   Gcethe aurait-il été un plus grand poète encore, si l'on n'avait rien
à reprocher à sa vie ? Grave question ! Quoi qu'il en soit, quelle qu'ait
été son « inaltérable sérénité », une grande partie de ses œuvres ne
trahissent-elles pas une âme troublée? Si le poème d'Hermann et Doro-
thée, ne peut être qu'admiré, la lecture de Wilhelm Meister, des
^Affinités électives, de Faust surtout, vous laisse une impression pénible.
Ce qui fait le principal intérêt de Faust, ne serait-ce pas qu'il nous offre
un état d'âme qui est celui de beaucoup d'hommes de notre temps. « Il
faut croire «, dit Marguerite à Faust. Faust, c'est Gcethe, et Gœthe
n'a pas cru. C'est ce combat entre Marguerite et Faust, entre la foi qui
conduit à la vertu et le doute qui laisse libre carrière au mal, c'est ce
combat qui donne à l'œuvre du poète un intérêt si poignant.
   Après la mort de Goethe, la littérature allemande semble déjà
marcher à son déclin. Le patriotisme, excité par les guerres de Napo-