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EN OISANS 127 quand il est écrasé sous l'avalanche, tantôt terrible quand il vient se broyer aux angles de granit. A un détour du vallon la Meije nous apparut. Elle était admirablement éclairée : cette grande muraille, cette muraille immense, tachée de points blancs, profilait sur le bleu clair du ciel ses échancrures et ses dents acérées que dominait le Grand Pic. Le vallon des Etançons devient de plus en plus silencieux et s'élargit pour faire place à ce splendide tableau. Plus rien n'attire ailleurs vos regards qui sont fixés sur la Meije et ne peuvent s'en détacher. Je m'attendais à la trouver noire et sombre et très effrayante, mais non, elle avait des teintes jaune doré, elle me rappelait les Dolomites sous le soleil d'Italie, elle avait presque un air de gaieté, une attirance irrésistible qui vibrait en moi et me faisait désirer les grim- pades extraordinaires. Je me voyais déjà , par la pensée, accroché au milieu de ce mur et pour rien au monde je n'aurais donné ma part. Néanmoins je disais à mon frère: « Pourvu que nous puissions monter! » A quoi il ne manquait pas de répondre: « Il y en a bien d'autres qui l'ont fait ». C'était le vers de Térence qu'il me traduisait sans y songer : Homo sum : humant nihil à me alienum puto.. Et cependant, le lendemain, durant un de ces mauvais moments, où l'on ne sait réellement pas par où passer, il se tournait vers moi et me disait: « Tout de même la « première » a dû être un fameux tour de force. » Nous sommes an refuge du Châtelleret : au centre du • vallon, il se cache derrière un gros rocher au bord d'une