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I40 EN OISANS Quelle vue grandiose et sublime ! Quel éblouissement ! Certes, « la Meije, a dit Coolidge, est une montagne qui doit être gravie pour elle-même » et l'excitation ressentie, les joies du triomphe, sont des émotions déjà suffisantes; mais quand, sur cette cime, on est en présence du spec- tacle qu'il nous fut donné de contempler, alors la volupté n'a plus de bornes. En face, au milieu, les Ecrins (toujours les Ecrins!) trônant dans leur gloire, vêtus de leur grand manteau blanc, et écrasant les autres pics de leur masse orgueilleuse! Comme des déchirures, tracées par la griffe d'un fauve apocalyptique, les vallées de l'Oisans se creusaient tout autour, rongeant l'écorce terrestre. Les hauts sommets, les crêtes, dont l'équilibre donne le vertige, jaillissaient à des hauteurs que ne peut imaginer le malheureux qui les voit d'en bas ; mais malgré leurs allures hardies, la plupart étaient au-dessous de nous. Quant aux montagnes de 3,000 mètres, elles étaient des buttes misérables : le mamelon de Taillefer, les collines de Belledonne, le honteux monticule de l'Obiou, les dunes à peine estompées du Vercors, tout cela ressemblait à une « terre labourée », du plus piteux effet. Voici les glaciers de la Vanoise, le Mont-Pourri, le Mont-Blanc énorme, qui nous dépasse encore de 820 mètres; dans le fond, le Combin, le Cervin, le Rosa, et plus près, à l'est et au sud, le Viso, le Pelvoux, le pic d'Olan... tous les sommets des Alpes françaises, tous les champs de glaces et de neiges, tous les horizons lointains qui se fondent dans la brume bleuâtre à une distance incroyable. Mais la contemplation qui nous attire le plus et où nous revenons toujours, c'est celle de notre montagne elle-même, de notre grande Meije qui nous porte sur sa tête chenue Ã