Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                           BIBLIOGRAPHIE                           291
arrivée chez la duchesse Amélie, il lisait à la compagnie quelques pas-
sages de YAltnanach des Muses de Gcettingen, quand un élégant jeune
homme, auquel il ne fit pas d'abord grande attention, lui offrit poliment
de le soulager dans sa lecture... « Tout à coup, continue Gleim, l'in-
connu se mit à improviser des poésies qui n'étaient point dans VAlma-
nach ; il passa par tous les tons et tous les genres J: hexamètres,
ïambes, rimes, tout ce qui se présentait, tout pêle-mêle ; il secouait la
branche et les fruits tombaient ; quelles inspirations ! Quels heureux
caprices ! Il lui échappait souvent des traits sublimes dont les auteurs
auxquels il les attribuait auraient rendu grâce à Dieu, s'ils les avaient
trouvés à leur pupitre... — C'est Gcethe ou le diable, dis-je à Wieland.
— C'est l'un et l'autre, me répondit-il en souriant (2). »
   Ce fut à Weimar que Schiller connut Gcethe. De dix ans moins âgé
que lui, il était né à Marbach en Wurtemberg. On a raconté qu'à sa
naissance, son père, officier sans fortune, adressa au ciel cette prière :
« Accorde, ô mon Dieu, les lumières de l'esprit à ce petit enfant, et
supplée, par la grâce, à l'éducation que je ne pourrai lui donner (3). »
   Aucune prière ne fut plus opportune ni mieux exaucée. Tandis que
Gcethe, dans une maison opulente, était entouré de tout ce qui pouvait
développer son intelligence, le jeune Schiller, errant à la suite des
armées, n'eut, au début, d'autre maître que sa mère. Mais elle unissait
à une grande distinction naturelle un esprit droit et une piété fervente.
A Lorch, où son père se trouve fixé comme capitaine de recrutement,
un digne pasteur donne à Schiller ses premières leçons de latin. Il pen-
sait embrasser l'état ecclésiastique, quand le prince Charles de Wur-
temberg le fait entrer à son académie militaire. Il en sort, au bout de
quelques années, comme chirurgien de régiment. Mais la poésie s'est
emparée de son âme ; il publie son drame des Brigands ; grand scan-
dale : l'anonyme est impuissant à en cacher l'auteur : le duc Charles
lui intime l'ordre de n'imprimer que des livres de médecine ; Schiller
s'échappe et est considéré comme déserteur. Le duc devient furieux,
pour ne rien dire de plus : « Si j'eusse été le Seigneur, s'écrie-t-il, et
que j'eusse prévu qu'on \y écrirait les Brigands, j'aurais suspendu la
création. •»


  « n, 4> 9.
  (3) n , 404.