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ESSAI DE GRAMMAIRE ET DE VOCABULAIRE DU PATOIS
  LYONNAIS, par J.-M. VILLEFRANCHE. I vol. in-8°, XXI plus
  311 pages.— Bourg, chez l'auteur ; Lyon, chez M. Louis BRUN, rue
  du Plat, 13 (6f.)


        OTRE Saône, sillonnée de tant de bateaux avant les chemins de
S>c3[| fer qui maintenant, des deux côtés de son cours, l'emprisonnent
et Vétouffent ; nos pauvres collines, si riches de leurs vignobles avant le
phylloxéra ; nos pauvres carrières de Couzon, de Saint-Cyr, Saint-
Fortunat, si animées, elles aussi, avant la concurrence des pierres du
Dauphiné et du Bugey ; tout cet ensemble dont j'ai connu la vive
gaieté et que je retrouve presque morne, a beau se décolorer, s'appau-
vrir, se dépeupler : c'est le pays natal, c'est-à-dire, pour moi le plus
beau pays du monde.
   Plus j'en ai vu d'autres, plus j'ai trouvé qu'il n'y a que celui-là.
   J'y reviens toujours, comme le lièvre traqué, épuisé par ses courses;
j'y voudrais mourir au gîte.
   Et ce qui me le rend plus cher encore, c'est qu'il semble vieillir
avec moi.
   Le soleil, l'air, l'abondance des eaux sont toujours les mêmes ; mais
comme le reste a changé !
   J'aperçois les jeunes gens sourire : n'insistons pas.
   Peut-être vivrai-je encore assez pour revoir nos coteaux couverts de
pampres ; peut-être — c'est moins probable — quelque nouvelle révo-
lution industrielle ranimera la batellerie, les carrières et l'industrie du