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                              EN 01SANS                   t 29

Quand Georges et moi, avons vu arriver ce chapeau, nous
avons été pris d'un fou rire, qui s'est communiqué à
Gaspard, à Turc et même à Roderon, puis, plus tard, dans
les découragements, dans les moments critiques, nous
avons toujours levé les yeux vers ce chapeau inédit et tou-
jours il a versé en nous la gaieté et chassé les idées noires.
Vous attendez la description de cet étrange couvre-chef
(c'est une photographie qu'il faudrait) : c'était tout simple-
ment un chapeau rond en feutre noir et dur commu-
nément appelé chapeau melon, mais la calotte en était
très élevée, un peu aplatie sur le dessus, les ailes très
grandes et relevées par côté... Nous ignorâmes toujours à
quel « décrochez-moi çà.» il avait soldé cet objet fan-
tastique.

   Nous dînons ' donc d'une soupe fumante, de viandes
froides, etc., et nous prenons le café sur le gazon, au soleil.
Oh! la jolie « prairie », et quelle bonne après-midi nous
y passâmes, ressassant avec Gaspard nos histoires d'hier.
   Là, il nous redit la mort d'Henry Cordier, récit simple et
émouvant dans la bouche de celui qui avait ramené le
cadavre du pauvre alpiniste, plus émouvant encore en face
du glacier où périt l'imprudent et sur lequel on distingue la
croix de fer érigée à l'endroit fatal.
   Notre guide nous montre ensuite le détail de la « route »
à suivre sur cette muraille que Whymper, le vainqueur du
Cervin, déclarait inaccessible et que nous, touristes timides,
nous allions gravir le lendemain.
   « ... Entre les deux aiguilles rouges, disait-il, voua
voyez ? là, en bas, c'est le grand couloir : ça c'est rien du
tout. On arrive puis à la pierre humide Duhamel, là où il y
a de la neige... à partir de la pierre humide, le chemin
      N° 2. — Février 189a.                           d