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488 UN MARIAGE SOUS LES TROPIQUES. à mourir, ce qui ne tardera pas, car il est vieux et usé, sa fille sera un fameux parti! — Sais-tu, Vilhelmine, dit le soir le comte à sa femme, que ce Hollandais est puissamment riche ! — Après, répartit la comtesse. — Hum! nous ne le sommes guère, nous, et si quel- que serpent venait à me piquer dans mes excursions, ta position, ma pauvre belle, ne serait pas bien aisée, ni celle de notre cher Rodolphe ! — Léonard ! reprit Mme de Czernyi d'un ton grave, il est vrai que nous sommes peu fortunés. Mais sans être en état de figurer en raison de votre naissance et de la mienne, nous n'en sommes pas, Dieu merci, réduits à mendier l'assistance de personne, et si nous étions frappés du malheur dont la seule pensée me fait frémir, votre veuve et votre fils pourraient marcher la tête haute dans leur humble position. Je comprends la crainte qui a traversé votre âme et le désir qui l'a suivi. Vous êtes am- bitieux pour votre fils quand vous êtes modeste pour vous même ; mais il ne faut pas que l'amour paternel vous aveugle. Non, mon ami, le bonheur ici bas n'est pas dans la richesse, il est dans l'union raisonnée des cœurs, et c'est se tromper, risquer la félicité de toute la vie que de la baser sur la satisfaction de quelques jouissances maté- rielles. Je n'ai rien à dire contre les Fleming-. La nais- " sance, du côté du père au moins, égale la nôtre, et le moment est loin où Eodolphe pourra recueillir une for- tune qui, au fond, me paraît plus positive que toute la fan- tasmagorie de déserts dont vous vous êtes laissé éblouir. Cette illusion ne serait pas pour moi une objection si la jeune personne m'était connue et que je la crusse digne de notre fils ; mais je me méfie de cette éducation améri- caine si différente de la nôtre, et j'avoue que j'ai rêvé pour