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252 LE BOUQUET FATAL.
Ces mots rappelèrent à Dorbray qu'il était encore à jeun. Les
surexcitations morales de cette journée avaient étouffé chez lui
toutes les impressions physiques. Il jugea bon d'armer son
corps pour la lu:te et de prendre quelque reconfort pour l'épreuve
du lendemain.
Il suivit donc ses deux amis chez Risbeck et ne les quitta
qu'à dix heures du soir, aprèb avoir entendu les Horaces Ã
POdéon. La langue austère et les sentiments sublimes du grand
Corneille sont un excellent prélude à de grandes émotions. Les
âmes généreuses y trouvent un-fortifiant et un modérateur
comme l'étaient les calmes accords de la flûte pour les brillantes
ardeurs des guerriers grecs engageant le combat.
— Enfin, vous voici !....
Tel fut le cri de Madame de Vallouise quand Remy se pré-
senta chez elle avant de rentrer dans son appartement. Il y avait
dans cette exclamation toutes les anxiétés contenues et toutes
les déceptions maternelles d'une longue attente; car i! ne se
passait pas de journée où la mère de Solange ne reçût la visite
du fiancé de sa fille.
Ce dernier se réfugia dans quelques banales excuses.
— Vous êtes bien pâle, mon enfant, reprit sa voisine. Je
comprends : c'est la suite des émotions de ce matin.
Dorbray tressaillit.
— Des émotions; que voulez-vous dire?
11 crut son secret trahi et découvert.
— Oui, ce pèlerinage, mon pauvre enfant. Ua sanglot coupa
sa voix.
— De grâce, expliquez-vous, ma mère !
C'est le nom qu'il donnait à Madame de Vallouise depuis les
fiançailles d'Eughien.
— Tout s'est bien passé, n'est-ce pas? Vous avez prié pour
elle ?
— Oh ! oui, c'est-à -dire je l'ai priée pour moi.
— Merci. Et le bouquet? vous l'avez placé à l'endroit de son
cœur, n'est-ce pas? C'est le premier de la saison. Quand j'irai, je