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DU VAL-DE-GRACE 347 D'après Saint-Simon, la somme dépensée pour la cons- truction de cet édifice se serait élevée à trois millions, chiffre, paraît-il, bien inférieur à la réalité suivant méjuge compétent. Outre les bâtiments du couvent proprement dit, la reine fit construire au niveau de l'avant-chceur de l'église un petit pavillon dans lequel elle avait formé le projet de se retirer dans sa vieillesse, projet qu'elle ne put réaliser. Mais elle vécut assez pour pouvoir aménager luxueusement cette retraite où elle venait souvent passer quelques jour- nées. Il a été conservé et de nos jours, Mme la maréchale Randon en a fait exécuter la restauration dans le goût et le style de l'époque. Mais ce n'était pas encore tout que de bâtir, il fallait aussi entretenir le nouveau monastère et là encore les docu- ments de l'époque nous donnent la mesure de la munifi- cence royale. Privilèges de tout ordre, droits seigneuriaux, droits de franchise pour les artisans habitant leurs immeu- bles (ce qui donnait à ces derniers une plus-value consi- dérable), maisons dans la rue Saint-Jacques, toutes ces ressources éloignaient pour toujours la misère qu'avaient endurées autrefois les religieuses du Val-Profond. Enfin la reine fit un don spécial pour l'entretien dans le monastère de jeunes filles nobles et sans fortune. De plus, les grandes dames pouvaient être autorisées à y faire des retraites et la fille du duc de Wurtemberg, âgée de douze ans, y fut aussi acceptée comme pensionnaire extraordinaire. Ainsi comblé de faveurs et richement doté, le Val-de- Grâce sera désormais le monastère attitré de la maison de France. Si la vieille nécropole de Saint-Denis reçoit encore la dépouille mortelle de ses enfants, c'est dans un des caveaux de l'église construite par Anne d'Autriche que seront déposés leurs cœurs : touchant usage qui se conti-