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n8           UNE COLLECTION D'AUTOGRAPHES

riaux de l'histoire, que les in-folios poudreux et les incu-
nables. En effet, ces documents sont de première source,
puisqu'ils émanent des personnages qui nous intéressent :
la pensée est descendue de leur cerveau jusque sur ces
feuillets jaunis; ils les ont touchés, plies de leurs mains,
parfois arrosés de leurs larmes. Mortimer Ternaux, feuille-
tant le registre d'écrou de l'Abbaye, croyait sentir encore
l'odeur de sang et de vin dont ces pages furent souillées.
On ne consulte jamais sans émotion ces débris vivants d'un
autre âge, et bien qu'ils n'aient pas tous la même impor-
tance historique, à d'autres points de vue, ils n'en ont pas
moins d'attraits pour nous.

   De quel intérêt sera pour l'historien cette lettre du grand
Frédéric au cardinal de Fleury, précisément au moment où
il vient d'abandonner traîtreusement notre alliance, alors
qu'il s'efforce d'atténuer par la ruse l'odieux d'un tel atten-
tat! En s'adressant à des papiers de ce genre, M. le duc de
Broglie nous a donné une histoire toute nouvelle de ce
souverain qui, comme le disait hier un éminent critique,
M. Albert Sorel, sut être tout à la fois machiavélique dans
les négociations et formidable sur le champ de bataille !

   Et cette autre de notre illustre Haller, le premier physio-
logiste du siècle dernier, refusant au roi philosophe d'avan-
tageuses propositions et osant lui dire : qu'il n'a pour la
« cour ni la politesse ni les manières nécessaires et que
« l'anatomie seule est son métier. »
   Mais nous n'en serons pas moins touchés et charmés à
la vue du petit devoir manuscrit du jeune dauphin de
France, qui fut plus tard Louis XVII, aussi bien que de ces
souvenirs dorés que laissent accrochés aux branches de leur
 chemin., nos chers poètes depuis là Pléiade jusqu'à Musset.