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U 234 NE COURSE DE TAUREAUX Rassurez-vous donc, car le spectacle est annoncé pour quatre heures et demie de la tarde, et, si vous voulez m'en croire, vous arriverez toujours... assez tôt. Tenez ! tout en face de la gare de Saint-Sébastien,, de l'autre côté du rail-way, voici le cirque qui émerge au-des- sus des arbres et des sables de la falaise, un cirque fait de main d'homme, non par ces hommes-géants dont les œu- vres défient les siècles et témoignent encore aujourd'hui, en Italie et ailleurs, du magistral génie de Rome, mais par les pygmées de notre temps. Les premiers construisaient en pierre leurs murs cyclopéens ; les seconds les dressent en planches : l'âge de bois après l'âge de pierre ! Rien donc ici de l'imposante grandeur du Colysée ou des arènes des Nîmes, car ces débris, si débris soient-ils, portent encore la griffe du peuple-roi. A Saint-Sébastien, pas d'autre majesté que la majesté d'une baraque, assez solidement assise (je veux le croire, du moins), banale, immense, peinturlurée, et pomponnée d'une infinité d'oriflammes qui s'agitent, comme des aigrettes, au faîte de la toiture également... en planches. Voilà pour l'extérieur. Au-dedans, même luxe d'architecture : des séparations en bois, des sièges de bois — sedilia ligna —, du bois sous toutes les formes. Mais on y songe peu, l'attention ayant assez de se porter à la fois vers les spectateurs qui pénètrent par toutes les issues dans le parterre et les tribunes super- posées, vers l'arène où la valetaille passe à la hâte un der- nier coup de râtissoire, vers les loges qui se ponctuent de toilettes multicoleres, vers tout enfin. La musique d'un régiment de ligne attaque un air plain- tif, long mineur d'allure pénible où l'accompagnement per- sistant et uniforme de la tarole produit le plus désagréable effet. Puis, soudain, le rythme change, la mesure s'accélère, les cuivres éclatent dans un accord solennel, et lafoule ravie