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DEUX AMITIES Dans le ravissant village de Chcnelong, situé à quelques lieues de Paris, viennent souvent chercher le repos et la solitude ceux qu'ont fatigués le tourbillon, les passions et les rivalités de la grande ville. Ses maisons blanches, coquettes dans leur simplicité, ses jardins bordés de haies vives, émaillés de fleurs variées, et surtout à peu de distance les grands bois, où l'on trouve à loisir l'ombre et le silence, sont autant d'appâts où se laissent prendre et retenir ceux que leur propre volonté ou un heureux hasard a conduits dans ce lieu charmant. Il y a quelques années déjà que, par une belle soirée de mai, un groupe de personnes stationnait à l'extrémité d'un de ces petits jardins. Des adieux, des serrements de main étaient échangés, quelques larmes voilaient les yeux. Une jeune fille dont la vive carnation, non moins que la physio- nomie ouverte et la taille un peu épaisse peut-être, déce- lait une enfant d'origine étrangère, laissait librement couler ses pleurs. Son costume de voyage, les nombreux néces- saires, sacs, colis de formes plus bizarres qu'élégantes, déposés à terre, annonçaient que sur son départ se con- centrait l'intérêt général. Elle embrassait à plusieurs repri- ses une dame qu'elle appelait ma tante, et la remerciait de ses bontés pour la centième fois, lorsqu'un jeune garçon qui épiait sur la route l'arrivée du lourd véhicule, s'écria : Voici la diligence, Mina, la voici, la voici. 4