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484                 CN ENFANT DE CHOEUR.

    Le lendemain, a son réveil, notre jeune maestro éprouva
deux surprises d'une nature bien différente. Les barbiers
de la ville éternelle vinrent chanter sous sa fenêtre les prin-
cipales phrases de son opéra, avec accompagnement d'Evviva,
et un appariteur de SonJExcellence Monseigneur le gouver-
neur, lui signifia d'avoir h payer une amende énorme pour
avoir souffert qu'on répétât, sans autorisation, la cavaline
des Vendangeuses. 11 fallut donner de l'argent aux barbiers,
il fallut donner de l'argent au délégué du gouverneur, et
notre héros ne savait comment supporter une gloire si oné-
reuse. Mais une scène singulière se passait chez le gendre
du comte Pepoli. Celui-ci arrêtait au passage un domestique
qui sortait furtivement de son palais :
   — Où portes-tu cet argent? s'écriait-il.
   — Monseigneur,... répondait le domestique en balbu-
tiant
   — Où portes-tu cet argent? répétait le gouverneur en
colère.
   — Monseigneur, disait le domestique effrayé, je le porte
à un jeune étudiant de l'Ecole de Liège. Madame la comtesse
le lui envoie pour payer l'amende.
   — C'est bien, je m'en charge, reprit le gouverneur en
s'emparant de l'argent. Ah! Gianetta, se dit-il, la musique •
du jeune maestro fait couler vos larmes, et vous lui envoyez
de l'argent pour payer l'amende qu'il a encourue. Gianetta!
Gianetta ! vous porterez malheur à ce jeune homme !...
   Dans la nuit qui suivit, un jeune étudiant reçut un coup
d'épée h la porte même deTécole de Liège ;il sortait, dit-on,
du théâtre où l'on avait représenté les Vendangeuses. Le
neveu du gouverneur déjeunait avec sa femme, quand le
chef de la police vint lui apprendre que l'auteur des Ven-
dangeuses avait été assassiné la nuit* Il sortit aussitôt pour