Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                         POÉSIE.                            411

« Toi, n'as-tu pas des blés qui croissent dans la plaine?
« Travaille et tes épis te nourriront l'hiver ! »

Le brillant papillon, indifférent, volage,
Lui dit^en quelques mots, étant peu raisonneur :
« Camarade, c'est vrai, de feuillage en feuillage
« Je cherche les parfums et c'est là mon bonheur ;

«   Mais là-bas, sous ce toit qui te semble morose,
«   N'as-tu pas une fleur plus ravissante encor
«   Que l'œillet ou le lis, le muguet ou la rose?
«   Quel arôme vaudrait les vertus d'un cœur d'or ?

« As-tu donc oublié ta Louise qui t'aime ? »
— Cependant l'Angelus sonnait au vieux clocher;
On sentait sur les champs, comme un fécond baptême,
Le souffle du Seigneur descendre et s'épancher.

Et par le sentier vert où frémissait la branche,
Conduisant son garçon, gracieux étourdi,
Louise cheminait, chantait de sa voix franche
Et portait à l'époux le goûter de midi.

Quand elle s'arrêta près de lui, rose et blonde,
Lorsqu'elle lui montra son bel enfant vermeil, ,
Le grillon, la fourmi dansèrent à la ronde
Avec le papillon, en chantant au soleil :

«   Oh ! le sot laboureur, qui, se croyant sur terre
«   Seul de tous les vivants affranchi du devoir,
«   N'entend point du travail l'enseignement austère,
«   Et qui vit librement, heureux sans le savoir ! »


                                   Achille MIIXIEN.