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                             DE L'INFINI.                       337

   immensité, comme éternité, comme toute-puissance, comme
   perfection, nous sommes forcés d'affirmer qu'il est infini,
   ou bien c'est l'idée même de Dieu qui nous manquerait. Par
  cela seul que nous avons l'idée de Dieu, nous avons l'idée de
  l'infini, cela est certain.
      Seulement, ce à quoi les psychologues doivent prendre
  garde, c'est a la manière dont cette idée se forme dans no-
  tre esprit, et ils ont alors une explication facile de l'obscurité
  qui s'y mêle. Nul doute, pour tous ceux qui savent regarder
  en eux-mêmes, que nous n'ayons un sens tourné vers le
  monde supra-sensible, un sens qui nous met en commu-
  nication avec Dieu, un sens qui nous fait percevoir toutes
  les vérités métaphysiques et morales. Je rends grâces, pour
  mon compte, au P. Gratry de nous avoir, dans ses belles
  études, plus clairement dévoilé l'existence de ce sens divin.
  Le mot, au surplus , importe peu, puisqu'il s'agit d'un fait
  aujourd'hui reconnu par toute saine philosophie. Appelez
  raison, si vous voulez, cette provenance mystérieuse qu'à
  notre gré le P. Gratry est si autorisé à appeler sens divin,
  toujours serons-nous d'accord sur le fond des choses. Nous
  aurons signalé de la même manière, soit dans la raison soit
  dans le sens divin, la source d'où nous vient l'idée de l'in-
  fini, corollaire de l'idée de Dieu.
      Et, il n'y a plus dès-lors à s'étonner que cette idée que
  quelques philosophes s'obstinent a nier comme incompré-
  hensible ou à confondre avec l'idée tout autre de l'indéfini,
  garde encore d'indissipables ténèbres. Nous aurions tort de
  lui chercher l'évidence d'une idée adéquate , quand elle ne
• peut avoir qu'une certitude de sentiment. Le sens divin, ou,
  dans une autre langue, la raison nous apporte la révélation
  de l'infini, comme nous sont apportés les divers sentiments
  qui deviennent la notion de Dieu et l'ensemble des notions
  esthétiques, métaphysiques ou morales. Venues par le sen-