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                                 SPÉRINO.                              313
agitée était venue s'éteindre dans l'abandon loin des siens et de son pays,
à ce cœur d'un vieillard encore si pénétré de l'intérêt que je lui avais
témoigné, à cette pipe, prix d'une noble action, remplaçant la croix et la
pension qu'il avait mieux su mériter que solliciter, puis à l'usage qu'il
m'avait conjuré d'en faire à l'endroit même où je le vis pour la première
fois.
   La cérémonie funèbre achevée, je repris à pas lenls le chemin de ma
demeure et le lendemain de ce jour, le soleil s'étant levé radieux, je me
rendis au tertre de Spérino, j'y allumai avec émotion la pipe qu'il avait
lui-même chargée. J'en vis s'élever cette fumée qui l'avait d'abord signalé
à mon attention et sur le tuyau neuf qu'il avait emplette pour m'en faire
l'offrande, plus d'une larme sincère tomba de mes yeux.
   Et si quelques lecteurs de cette très-simple et Irès-véridique anecdote
trouvaient en cette occasion ma,sensibilité excessive, je leur répondrais :
Puisque nous marchous dans la vie entourés de gens à qui nous rendons
souvent les plus importants services, à qui nous consacrons une grande
part de notre bien-être, de notre repos et qui nous en payent par la plus
méchante et la plus noire des ingratitudes, qui pourrait s'étonner si je fus
profondément touché de la \raie reconnaissance de Spérino, conquise au
prix de quelques paroles obligeantes et de quelques pipes de tabac ?

                                                  J.   PETIT-SENN.




     t e r décembre 1862.




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