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172 PIERRE REVOIL. lui a cédé cette harmonieuse et séduisante parole qui coule d'elle-même, de leurs lèvres privilégiées, comme une eau pure coule de sa source. J'avais entendu affirmer que, de toutes les puissances de la terre, la parole était la première et la plus rare; j'en doutais encore; aujourd'hui je n'en doute plus ; aussi n'est-ce pas sans une certaine crainte que je viens m'asseoir auprès de vous. Je ne parle pas, je n'écris pas, je peins et je me sers ainsi, devant vous aujourd'hui, d'un instrument qui n'est pas le mien. Vous vous en serez déjà aperçus, sans doute, mais vous serez aussi indulgents a m'écouter, je l'espère, que vous l'ayez été à m'appeler. La plume est sœur du pinceau et je me place sous la protec- tion de cette heureuse et céleste consanguinité. En m'ouvrant les portes de cette enceinte , vous m'avez fourni, Messieurs, les moyens d'acquitter une dette qui pe- sait a ma reconnaissance. Pierre Révoil fut votre confrère; permettez-moi de vous parler de lui et de payer a sa mémoire un tribut, mérité qu'elle attend encore(l). Bonnefond, qui était digne de le remplacer, mais qui ne songea jamais , sans doute, à le faire oublier, a trouvé, près de vous, un éloquent panégyriste ; laissez-moi aujourd'hui jeter de loin, une fleur et une larme sur la tombe oubliée de son prédécesseur, qui fut mon maître, je dirai presque mon père. Nos élèves, en effet, ne sont-ils pas un peu les enfants de notre âme ? N'est-ce pas nous qui leur donnons la vie intellectuelle ? Révoil, né a Lyon, en 1776, appartenait à une famille peu aisée qui, néanmoins, lui fit donner une éducation convena- ble. 11 reçut ses premières leçons de dessin a l'École cen- (1) M. Genod n'avait pas eu sans doute connaissance de la notice sur Révoil, publiée en 1842, par M. Marlin-Daussigny. (Note du secrétaire général).