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44 LE CHATEAU DE CARILLAN. ment couvert par les soins de Julien. Il me prit la main : — Tu as reposé doucement?... me dit-il, et cependant lu n'avais peut-être jamais couché à la belle étoile. Tu nous as trompé ce matin au coin du feu, ajouta-t-il à voix basse. Tu nous as juré que tu ne rêvais pas et pourtant tu as rêvé!... tu quoque!... — Comment?... j'ai rêvé?... je ne te comprends pas. —• Oui, mon ami. Voyons ! ne balbutie pas. Je l'ai seul entendu; que signifie ce nom de Marguerite?... — Comment ! ilse pourrait?... J'ai pu nommer MHe Laval?... — Àh! tu m'en dis plus que je t'en demande. Nous nous expliquerons plus tard à loisir... Que te dirai-je de plus, mon cher ami, sur cette délicieuse excursion? Nous repartîmes bientôt par un soleil éblouissant.Le spectacle que m'offraient les rives du Doubs, pour être moins singulier, moins mystique, n'était pas moins pittoresque ni moins atta- chant que la veilie. Les chants de mes compagnons maniant gaîment la rame, la bonne humeur de Julien , qui semblait avoir oublié complètement ses chagrins, nous firent voyager sans nous apercevoir du cours du temps. Nous arrivâmes à Besançon à onze heures. Un instant après, nous étions chez M. Leroy, qui me fit l'accueil le plus aimable et nous réunit à déjeuner. Nous passâmes le reste de la journée, Julien et moi, à cou- rir la ville. Puis, je parlai de retourner à Dôle. Julien voulut d'abord me retenir , et ensuite me reconduire en bateau. Devant la répugnance que ses amis témoignèrent à ce projet qu'ils ne pouvaient exécuter avec lui, je compris qu'il fallait l'en détourner et l'empêcher de passer encore à Carillan. J'in- sistai si vivement sur la nécessité où j'étais de rentrer à Dôle avant le lendemain, qu'il me permit enfin de prendre une voilure pour revenir chez mon père.