page suivante »
M, CHENAVARD. 433 ment dans la supériorité est le sort de beaucoup d'artistes de grand cœur et de grand désintéressement a qui les circonstances n'ont permis.de déployer leur talent que dans des œuvres relativement secondaires, si tant est qu'il y en ait pour le génie, — et qui se sont beaucoup plus préoc- cupés de l'art que d'eux-mêmes. Mais ils peuvent se con- soler de la gloire qu'ils n'ont pas rêvée, de la popularité qu'ils n'ont pas recherchée , par l'immense respect qui se fait autour d'eux et qui s'attache longtemps à leur mémoire. Leur pensée d'ailleurs habite une région élevée où ils de- viennent indifférents aux louanges vulgaires. Ces contem- platifs, ces poètes, ces infatigables chercheurs du beau aiment naturellement le silence, la solitude, tout ce qui invite au recueillement et à la méditation. Ils se plaisent a l'écart, loin des foules. Leur intimité avec l'idéal est ex- clusive et jalouse ; ils ont pour dernier mot : Yodiprofanum... d'Horace. — Ne les plaignons pas trop. Il y a dans ces destinées une sorte de grandeur, celle qui consiste a s'élever au-dessus même de la plus noble passion, la passion de la gloire. On rencontre partout de ces hommes admirables d'abnégation; et la province en compte certainement beau- coup a qui il n'a manqué pour être illustres que l'occasion de le devenir. Ce sont, permettez-moi de le dire, les hommes inédits. Sans êtres injustes envers ceux qui ont obtenu les laveurs de la renommée, nous ne saurions trop honorer ceux qui les ont dédaignées. Cette destinée semble être plus particulièrement commune aux architectes. Quelque grandes que soient leurs œuvres, ils peuvent être illustres parmi leurs contemporains, mais presque toujours après eux s'efface leur mémoire. Pour quelques noms qui ont surnagé à travers les siècles, combien sont ignorés de la postérité à laquelle ils ont légué les puissantes créations de leur génie. Et parmi ceux même