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       UNE VISITE AU TOMBEAU DE JACQUARD.                51 I

A la voûte des nuits clouant l'étoile d'or
Ou le croissant d'argent; mais Dieu, c'est plus encor,
C'est celui qui pondère, en l'azur sans limites,
L'étoile par l'étoile et décrit les orbites ,
Celui qui calcula, sous la beauté des corps,
Les rouages savants et le jeu des ressorts ;
Oui, devant l'Archimède et l'Homère suprême,
La terre est un métier comme elle est un poème.
Et Platon le savait, lui, le prêtre inspiré ;
Car ton art à ses yeux , ô Jacquard, fut sacré ;
Car tout objet réglé par le rhythme et le nombre
Du mouvement des deux lui retraçait une ombre ;
Il eût souri dejoie en te voyant assis
Au métier restauré de Minerve et d'Isis.



O Poètes ! la lyre au dédain est encline ;
Vous vous dites issus d'une race divine ;
Mais quand Jacquard enfant,sous son doigt inexpert,.
Pour en faire un jouet taillait le sureau vert,
Et, déjà sérieux, obéissait sans doute
A cet obscur instinct que tout grand homme écoule,
Croyez-vous qu'une Muse, accompagnant ses pas ,
Au mécanicien n'a point parlé tout bas ?
Plus tard, près du métier où travaillait l'ancêtre,
Il n'eut qu'à l'appeler pour la voir apparaître :
« Oh ! viens, lui disait-il, viens délivrer mes yeux
De tout ce que je vois ; ces cordes et ces noeuds ,
Ces marches, ces agrès , ce rame, cette lisse ,
C'est l'instrument grossier d'un éternel supplice.
Je me meurs chaque jour sous ce comble étouffant,
Je me meurs dans la chair de ce chétif enfant,
Prisonnier,comme moi,dans les faisceaux du sample;
Vois son sang appauvri, sa joue hâve ; contemple
Sa gêne, la torture où son corps s'est noué...
Pitié pour cet enfant dans le métier cloué !