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 432                BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
   plus sûr de la faire triompher, ne pouvant apporter dans la dis-
  cussion égalité ou similitude de talent.
      Il nous suffirait, pour justifier notre opinion, de citer quelques
   morceaux de la seconde série, laissés complètement dans l'oubli
  par M. Tisseur, bien que ce soient ceux qui aient été le plus sou-
   vent reproduits par les journaux, ceux qui ont causé la plus vive
  impression sur les lecteurs, ceux que nous regardons nous-même
   comme le couronnement des œuvres de M. de Laprade : Invo-
  cation ; Action de grâce ; A ma mère ; Consécration ; tels sont
  les noms de ces admirables stances qui se rattachent à la seconde
   série, aussi bien que la Cité des hommes et la Cité de Dieu, que
   M. Tisseur n'a pas oublié de mentionner. Jamais la pensée de
  M. de Laprade n'avait revêtu une forme plus pure et plus par-
  faite que dans ces inimitables pages ; jamais ce cœur de fils et
  de poète qui tour à tour chante, gémit, saigne et déborde, n'a-
  vait encore trouvé d'accents aussi saisissants. Pourquoi donc
  M. Tisseur a-t-il complètement passé ces admirables vers sou^
  silence ? Serait-ce oubli, négligence ? Serait-ce qu'il ne les ait
  pas appréciés à leur juste valeur? ou faudrait-il penser que
  l'époque a fait tort à la série ?
     A travers l'espèce d'affectation que met le critique à revenir
  sur cette observation, que le poète a fait la moitié des Poèmes
  évangéliques dans la première phase de sa vie, il ne nous a pas
  été possible de démêler sa. pensée ; car il est à remarquer que sa
  plume si bien taillée, si fine et si délicate, n'a pas, en traçant
  ses lignes, la désinvolture que nous lui connaissons; qu'une
 sorte de gène, de contrainte, pèse sur la liberté de ses allures
 habituelles ; nous signalons le fait sans l'expliquer. Mais il n'en
 est pas moins vrai que nous n'avons pu comprendre si M. Tisseur
 voulait dire que l'auteur des Poèmes évangéliques était autrefois
 ce qu'il est aujourd'hui, ou s'il prétend insinuer qu'il est encore
 aujourd'hui ce qu'il était autrefois. M. Tisseur ajoutant que
 l'horizon du poète s'est considérablement rétréci, faudrait-il,
 par hasard, en conclure qu'il le croit ce qu'il est en effet, humble
 et sincère catholique, ou bien ne l'est-il pas encore assez à
.son gré?...                  JL