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228 DE LA FOLIE. déjà dire de ces paroles : « faites cela et vous vivrez (1). » Mais la science divine daigne compleUer encore ce règle- ment hygiénique de l'esprit, en nous prémunissant contre une involontaire présomption, dont l'excès pourrait devenir lui-même un des acheminements les plus dangereux vers la folie. « Oui! dit-elle, ô hommes, votre raison dépend de vous, « de vous, mais, avec la grâce de Dieu , et non autrement, « retenez-le bien ; avec elle vous pouvez tout, et sans elle « votre orgueilleuse impuissance peut même vous entraîner « jusqu'au mal excessif , c'est-à -dire jusqu'à l'esclavage « satanique ». A combien de présomptueux ne peut-on pas dire , en effet , comme au premier des orgueilleux : Comment es-tu tombé du ciel , porte-lumière (2) ? Et n'est-ce pas la pauvre science humaine , qui voit ainsi s'éteindre le plus de soleils , le plus de porle-lumières dans son humble ciel ? La science enfle , et cette enflure est le commencement de la folie : folie raisonnante , folie con- tagieuse , vraie peste de l'esprit avant de l'êlre de la volonté elle-même. Mais c'est déjà rendre un grand service aux hommes que de leur faire connaître les causes habituelles de ce grand mal , et les remèdes, si simples , à l'aide desquels chacun peut le prévenir en soi. Or , c'est une habitude pour M. Flourens de bien mériter de l'humanité. Son petit volume, ainsi complété, renferme deux bonnes actions; il est difficile de mieux remplir un livre. Par la première, en balayant du cerveau humain cette dé- mocratie de facultés personnalisées et fortuites, imaginée par Gall, il y a restauré la monarchie vraiment responsable de la volonté intelligente ; par la seconde , en analysant les (1) Hoc fac et vives. (S. Luc, X, 28). (2) Quomodo cecidisti de cœlo lucifer (Isaïe XIV, 12)?