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DE L'ABBAYE DE SAVIGNY. 183
Mais Etienne , loin de se montrer reconnaissant d'un tel
bienfait, força le fermier (villicum) (1) de la quatrième partie
à lui faire hommage , et occupa même entièrement celte
quatrième partie. En outre, Etienne fortifia une maison que
son père avait fait bâtir à une lieue près de l'abbaye , et
dans les possessions même de cette dernière, pour abriter ses
troupeaux, l'entoura d'une palissade et d'un fossé, la flan-
qua de tours en bois et d'autres ouvrages de défense, et de lÃ
contraignit par des menaces et des violences les colons de
l'abbaye à le servir (2).
Emu de ces injustices, l'abbé Ponce donna un avertissement
à son homme Etienne, afin qu'il lui fît droit ; ce que ce dernier
négligea longtemps de faire. Cependant, sur le conseil de ses
amis , il donna des otages , et on fixa un jour pour le juge-
ment de cette affaire dans la cour de l'abbaye. Les juges
constitués, la cause entendue des deux parts, donnèrent,
entre autres, cette sentence : « Qu'Etienne rendrait à l'abbé la
maison fortifiée pour que celui-ci en fît détruire ce qu'il lui plai-
rait, et qu'il permettrait que, dans le cimetière susdit, entre
sa maison et l'église, un chemin fût fait pour les chapelains
de l'église. » Mais Etienne différa longtems d'exécuter ce
jugement ; enfin, il livra, non sans peine , la maison fortifiée
à l'abbé. Mais quand celui-ci eut commencé d'ouvrir le che-
min dans le cimetière, comme c'était convenu , Etienne as-
saillit, à main armée, les moines qui étaient présents, leur
lançant à la fois des traits et des paroles outrageuses. Puis,
quittant ce lieu , il courut à sa maison fortifiée, en chassa
les gardiens de l'abbé , et ne cessa de ravager les terres de
l'abbaye. Entre autres maux, il envahit un oratoire dans le-
quel six moines vivaient religieusement, jeta ces moines dehors'
(1) Je traduis ici littéralement la pièce n° 904.
(2) Il se mit même à prélever un péage sur les passants, comme on le
verra plus loin.