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DISCOURS DE M, EICHHOFF. 125
dans la sienne comme dans une glace pure et brillante ;
cœur patriotique avant tout, rempli d'un vif amour pour une
ville glorieuse, mais'alors ingrate et déchue, dont il déplore
les égarements avec une poignante amertume, dont il flétrit
les oppresseurs avec une haine souvent cruelle; mais dont il
évoque les vertus avec un enthousiasme sublime.
Voilà l'originalité de Dante, voilà l'empreinte individuelle
qui donne à son œuvre une valeur intrinsèque, indépendante
de tout ce qui l'entoure, de tout ce qui l'a précédé ou suivi.
Cependant, cettefièreindépendance doit avoir d'autres sources
où puiser hors d'elle-même les faits et les croyances, les formes
et les couleurs nécessaires à l'expression de sa pensée. Ces
sources, il les indique dès l'exposition même, avec une pré-
cision frappante, dans les deux personnages qui doivent être
ses guides et ses introducteurs à travers les trois mondes :
Virgile, ou l'inspiration classique ; Béatrice, ou l'inspiration
religieuse. Au premier, comme il le dit lui-même, il doit ce
beau style, inconnu avant lui dans l'Italie arrachée aux bar-
bares, ce style noble, émouvant, pittoresque, cette voix divine
qui fait battre les cœurs ; au premier, qui résume à ses yeux
toutes les merveilles de l'art païen, il doit aussi ces rêves
mythologiques, ces fables ingénieuses, ces riches allégories
dont il orne et surcharge quelquefois la série bigarrée de ses
tableaux; à la seconde, l'idole de ses pensées, l'image ra-
dieuse de sa jeunesse et l'étoile de son espérance, il doit ses
croyances les plus chères, ses dogmes évangéliques, ses sou-
venirs religieux; il doit surtout ses élans vers le ciel, ses as-
pirations douloureuses et sublimes yers un meilleur avenir,
vers un type ineffable de beauté, de vertu et de félicité
suprême. C'est avec de pareilles ressources que ce puissant
génie a complété son poème ; c'est ainsi qu'il a pu marcher
d'un pas ferme à travers l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis,
semant de tous côtés avec abondance ces images, ces scènes,