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                            PÉLOPONÈSE.                           115
    Le brave homrafe courut chercher la mère qui revint toute
 tremblante encore avec son petit garçon. Celui-ci, instinctive-
ment effrayé lui-même de la terreur de sa mère, ne voulait plus
s'approcher de moi. Mais quand j'eus accomplis l'opération con-
juratrice, on le remit entre mes bras, comme preuve de confiance;
il se laissa faire et je lui prodiguai les caresses les plus rassu-
rantes.
   — Vous me pardonnerez , me dit sa mère, quand vous sau-
rez combien j'ai été malheureuse pour n'avoir pas assez veillé
à écarter le mauvais sort de mes enfants. J'en ai eu quatre ;
deux d'entre eux ne sont plus. Le premier né est ce jeune homme
à qui vous parliez ce soir ; le second était un fils aussi ; je l'a-
vais depuis trois mois, et il croissait avec vigueur. Un soir ,
j'attendais le retour des miens, assise sur la porte de ma maison;
il était déjà tard ; un moine suivait la route d'un air triste et fa-
tigué, arrivé devant moi, il s'arrête , jette un long regard
sur moi et sur mon petit garçon qui s'amusait à mes pieds ;
j'allais lui parler et lui offrir sous notre toit un gîte pour la nuit;
mais il se remit en marche et passa sans frien dire. Quelques
jours après, mon enfant fut saisi d'un mal inexplicable ; il dé-
périt lentement ; tous les remèdes furent mutiles, je le perdis.
 Le troisième subit un sort semblable, sans que j'aie pu savoir
à qui attribuer l'affreux maléfice qui me l'enlevait. Vous com-
prenez maintenant pourquoi je tremble quand je vois des visa-
ges inconnus.
   — J'espère, lui dis-je , que v%us êtes tout à fait rassurée sur
mon compte.
   — Oh ! oui, complètement.
   Le reste de la soirée se passa à parler de diverses choses, et
à me munir de renseignements sur la route que j'allais suivre.
   Au moment de nous séparer pour nous livrer à un sommeil
dont j'avais grand besoin, le maître d'école vint, de nouveau
vers moi, et me remettant un gros morceau de coton, il me
fit signe d'en jeter un fragment sur l'enfant.
   Encore une de nos idées, me dit-il, quand j'eus fait ce qu'il
voulait. Cela signifie que vous formez le vœu qu'il vive assez