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dans la doctrine chrétienne, qui la première a proclamé l'al-
liance de la liberté et de la fatalité.
   On voit au Vatican un manuscrit des poèmes de Virgile, orné •
d'images qui semblentêtrelesdernières œuvres de l'art antique,
et qui en ont perpétué le souvenir au milieu du Moyen-Age;
on voit à Milan, â la bibliothèque Ambroisienne, un autre
manuscrit semblable, que Pétrarque a couvert de ses anno-
tations, et dont les miniatures datent de l'origine de la Re-
naissance. C'est Virgile qui a reçu les derniers respects de
l'antiquité expirante ; c'est lui qui a reçu les premiers hom-
mages de l'esprit moderne. En admirant ces précieuses re-
liques, on comprend que le Dante acquitta envers Virgile la
dette des nations chrétiennes, lorsqu'il le prit pour guide dans
ses voyages à travers les sphères de l'infini. Ce ne fut pas en
vain que le poète antique interrogea la nature; comme le
prophète des temps primitifs, il frappa le rocher de sa ba-
guette magique, et la pierre donna passage à une eau lim-
pide. A cette vois virginale qui invoquait la pureté sous les
antres des bergers, sous la chaumière des laboureurs, sous
les tentes des fondateurs de la puissance romaine, ce fut le
christianisme qui répondit; ce fut lui qui réalisa dans le monde
cet ordre moral, dont le poète avait cherché partout l'image,
l'annonce et l'accès. Homère avait représenté l'homme pre-
nant avec ivresse possession de lui-même, et de la terre sou-
mise à sa souveraineté. Virgile, fatigué des vices et des dis-
cordes dont l'homme souillait sa demeure, fit un appel aux
dieux qui l'y avaient placé, et leur demanda d'y rétablir leur
 empire; le Dante s'introduisit à sa suite dans les sanctuaires
 les plus élevés des lois divines; il ne fut pas seul à marcher
 sur ces traces augustes. Lorsque le spiritualisme eut lui-
 même été mis en oubli au milieu des réactions de la Re-
 naissance, les poètes empruntèrent à Virgile son paganisme
 épuré, comme leurs prédécesseurs avaient profité de ses as-