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 veut être léger, spirituel, et sa prétendue légèreté n'est que
 l'absence de toute maturité de pensée; il joint à une suffi-
 sance baroque un aplomb étourdissant et assommant. 11
 sautille, il divague, il digresse à tort et à travers ; il parle de
 tout à propos de rien ; il dit des riens sur les choses les plus
importantes.
    Et si d'aucuns s'étonnent de notre mauvaise humeur et sont
 assez méchants pour assigner à notre critique d'autres motifs
que l'amour de la vérité et la haine des mauvais écrits, nous
 souhaitons pour punition à nos censeurs la lecture des Mé-
moires d'un touriste et nous les plaindrons encore, car le châ-
 timent sera bien dur.
    Quelques échantillons de la marchandise littéraire du tou-
riste suffiront d'ailleurs pour nous laver complètement du
reproche de partialité.
    « Sur ces collines de la Saône les canus ont bâti des maisons
de plaisance ridicules comme les idées qu'ils ont de la beauté.
Dans tous les genres ils en sont restés au grand goût du siècle
de Louis XV. » Dans tous les genres est bien vague; rester
au grand goût n'est pas euphonique ; mais, qu'importe ; le
touriste en jetant là au hasard le siècle de Louis XV auquel
ces pauvres canuts sont loin de penser, se donne un air d'éru-
dition et de profondeur.
    A propos de Neuville, digression fort inattendue sur
Mmo Rolland « après laquelle l'histoire ne pourra nommer
que M""= de Lavalelle et M™<= la duchesse de Berry. » C'est
drôle, on en conviendra.
    « J'entre à Lyon à pied et je m'aperçois que je n'ai pu évi-
ter le mépris même du petit garçon que je paie pour porter
mon manteau et mon Shakspeare. J'offense le Dieu du pays :
l'argent, j'ai l'air pauvre. Quand je dis au petit garçon que
je vais loger à l'hôtel de Jouvence, h côté de la poste aux lettres,
mais monsieur, reprend-il, avec son accent traînant, c'est nn
hôtel bien cher; je crois que sans mon regard étonné il
aurait achevé sa pensée : bien cher pour vous. » L'historiette