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                   D'UN PAYSAN DU LYONNAIS                     403

   de la vie de cette famille patriarcale, qui formait presque
  une tribu.
     Mais ce qu'on y retrouve suffit pour nous révéler, à la fois,
  rhonnêteté profonde de ces familles rurales d'autrefois et la
  résignation, toute chrétienne, avec laquelle elles acceptaient
  la vie de labeur, à laquelle les attachait leur humble destinée.
  L'aisance n'est pas grande et les dots sont fort modestes.
  Les charges, imposées par de nombreux enfants, sont
  lourdes aussi à supporter. On y parvient cependant, à force
  d'économie et de travail, et parce qu'on sait se contenter
 de peu, sans rien sacrifier à un luxe frivole, et sans témoi-
 gner d'aucun sentiment de basse envie au sort des classes
 plus heureuses et plus favorisées de la fortune. Les filles
 épouseront un artisan de la ville ou quelque honnête culti-
 vateur, comme leur père, et ceux des fils, qui abandon-
 neront la culture des champs, iront à Lyon embrasser une
 profession manuelle, qui assurera leur avenir et leur per-
 mettra de réaliser une fortune, que n'auront point connue
 leurs ancêtres. Et c'est ainsi que tous, avec leurs propres
 ressources, vivront à l'abri du besoin, et que l'honneur du
 nom paternel aura contribué, pour une grande part, à
rendre plus fructueux les efforts qu'ils auront tentés, pour
arriver à l'aisance et à une condition meilleure.
    Voilà ce qui se dégage du livre de raison de cet honnête
paysan. Voilà l'intérêt qu'il présente à qui sait envisager
tous les humbles détails qu'il renferme, dans leur ensemble
et en vue des habitudes sociales dont il nous rappelle le
souvenir. Aussi l'impression qu'on éprouve de sa lecture est-
elle un sentiment d'estime et de profonde sympathie pour
cette forte race qui a fait notre sol fécond et en qui résidera
toujours, au plus haut degré, l'une des forces vives du
pays.