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3io LE LIVRE DE RAISON
et qu'estant dans les Archives les successeurs en ayant besoing les
trouvent aussi tost.
— Venant à faire des acquisitions, ils tascheront de retirer des ven-
deurs les extraicts concernant lesdites acquisitions.
— Si Dieu leur donne de quoy achepter des offices, qu'ils consi-
dèrent bien ce qu'ils fairont d'autant qu'en nostre maison du costé
maternel, il s'y est perdu deux offices de Conseiller au Parlement,
sçavoir de Michel Thomé, mon ayeul et de Romain Thomé, mon
oncle, fils dud. Michel. Et du costé paternel les deux offices que Louys
Fornet, mon ayeul, avoit acquis en Piedmont, l'un de secrétaire en jla
Chambre des Comptes de Thurin et l'autre de contreroleur des forti-
fications aud. pays furent perdus et moy j'ay achepté un office d'Esleu
en l'Eslection de Valence, duquel je tire si peu que rien à présent,bien
qu'il me revienne à douze mille livres, ayant employé en l'acquisition
d'iceluy la dotte de ma femme, avec le légat de Ma mère et ce que
j'ai peu avoir d'ailleurs, ce qui me rend d'autant plus nécessiteux que je
serais aysé, si je n'avois faict ceste pache.
— Ne caultionneront jamais aucun.
— Faisant desseing de se marier, ils jetteront les yeux sur quelque
fille de vertu, riche s'il se peult et de leur voysinage, d'autant que les
alliances esloignées ne servent que bien peu et prendront pour femme
une personne de leur condition et de moindre plustost que de plus
relevée, d'autant que celles de plus haulte condition rapportent pour
l'ordinaire plus de despence que les aultres et sont plus subjectes Ã
mespriser leurs marys.
— Régleront leur despence à proportion de leur revenu.
— Eslèveront leurs enfants en la craincte de Dieu, estant certain ce
que dict le prophette que « generatio rectorum benedicetur ».
— Esvitteront l'oysivetté, pour estre la mère de touts maulx et
d'ailleurs qu'il est mal aysé de pouvoir subsister dans ce monde sans y
travailler.
— Tacheront de se faire aymer à chacun et surtout à leurs voysins,
et pour y parvenir rechercheront les occasions de les servir ; estant
bien verittable, ce qui se dict qu'il vault mieux un bon voysin qu'un
parent esloigné, duquel vous ne pouvez que bien peu retirer du service,
et d'un bon voysin vous en recepvez plaisir à toute heure.
— Ne mespriseront aucun, bien qu'il soit de moindre condition que
la leur, pour aultant qu'il n'y a aucun qui ne puisse une fois de l'année
rendre plaisir ou desplaisir.