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CAUSERIE D'UN BIBLIOPHILE 135 Nous avons connu M. Cathabard vers 1875, il était alors complètement perclus par les rhumatismes, ne quittant pas son fauteuil. Les beaux livres anciens avaient disparu les uns après les autres, car il ne pouvait plus guère les rempla- cer, ne sortant jamais. A Lyon, ils sont devenus introu- vables, le marché est centralisé à Paris. Mais il faut le dire aussi les amateurs de beaux livres ne se recrutent plus. Les jeunes gens préfèrent les livres modernes, sur japon ou whatman, avec triple suite de figures... On est envahi par une avalanche de publications à gravures, qui ne pourront moins faire que de tomber un jour à vil prix, vu la quan- tité exagérée de la production. M. Cathabard est mort en 1885, après avoir souffert de longs mois ; un asthme était venu se joindre à ses rhuma- tismes, ne lui laissant ni trêve ni repos. Le vieux libraire, qui était poète à ses heures, fit paraître en 1884, un an avant sa mort, un petit volume de ses poésies (4). La maison Jouaust avec laquelle il était en rela- tions suivies, se chargea de l'imprimer. Ce sont des sonnets, datés de 1840 à 1884. Les événe- ments politiques de 1848, du coup d'État, de 1870-71, ont particulièrement excité la verve du poète. Mais nous ne le suivrons point dans ses imprécations ou ses lamentations sur ce sujet. Mettant absolument de côté le point de vue littéraire, nous préférons de beaucoup les pages consacrées aux joies intimes de la famille et de la bibliophilie. Et, (4) Recueil de sonnets familiers, suivis de quelques autres pièces, par un vieux Lyonnais. Paris, irap. Jouaust et Sigaux, 1884, in-12, pap. Holl.