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AU XVIIIe SIÈCLE 26l placements et les grandes percées de l'édilité du second Empire, la vie mondaine était tempérée par une sévérité quelque peu janséniste et une simplicité native de moeurs à laquelle la dignité ne perdait rien (1). » Grimod cite avec admiration Mme Regny, femme du trésorier de la ville, qui avait allaité ses huit enfants, ce qui était rare alors, et poussé la charité jusqu'à céder sa maison et son propre lit à de pauvres malades. Pourtant, le luxe et le goût du plaisir faisaient « à Lyon, comme ailleurs, de très-grands progrès. » Us se donnaient libre carrière sur le terrain neutre des réceptions officielles, chez le commandant, chez le prévôt des marchands ou l'in- tendant de la province (2). Mais c'était « plutôt un luxe de commodité que d'ostentation. » Tout le monde était vêtu « avec beaucoup d'élégance ; les classes même les moins opulentes s'annonçaient par un extérieur très-séduisant (3). » Les femmes avaient leurs coiffeurs et leurs tailleurs attitrés; Bordas, tailleur et magasinier du Théâtre, faisait « des corps à l'anglaise pour les dames de distinction, » et avait mis à la mode le corps à la grecque. Les fourrures étaient surtout en grande vogue, et il était de bon ton d'arriver au specta- cle vêtue des plus belles et des plus rares, et de les dé- pouiller peu à peu pour en étaler les richesses (4). (1) La vie de province, p. 25. (2) « A l'occasion de son entrée en charge, M. de la Verpiilière donna un magnifique bal costumé, où l'on avait adopté les modes delà cour de Louis XIV et qui donna lieu à beaucoup d'intrigues et de riva- lités entre les belles dames appelées à y figurer. Tous les jours, il fai- sait asseoir à sa table plus de cinquante personnes, avec la plus grande chère du monde. » (La vie de province, p. 26). (3) Lettre à Mercier. (4) « Dupré, natif de cette ville, élève du sieur Pilloir, habille coëf- feur pour dames. » — « Le sieur Bordas, tailleur en chef de la Comé-