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408 EES CHASSEURS I>E RENNES. était facile d'ouvrir le jour et de clore la nuit. Dix per- sonnes y pouvaient tenir à l'aise, en sorte que j'estimai à mille ou quinze cents âmes la population de la tribu. Les femmes et les enfants nous regardaient passer. Nous cheminâmes péniblement sur un sol fangeux, noirci, encombré de dépouilles d'animaux, d'ossements brisés, et nous arrivâmes à la partie supérieure du talus, au pied de la falaise rocheuse, devant une hutte plus grande et plus ornée que les autres. Des figures d'ani- maux étaient peintes en rouge, en jaune et en noir sur les peaux de rennes. On y reconnaissait facilement un ours au front bombé, un tigre, des bœufs aux longues cornes, à l'œil sauvage, des bisons velus; sur la porte, un éléphant à longs poils, la crinière hérissée, menaçait les passants de ses défenses et de sa trompe. Nous entrâmes, ou plutôt nous sautâmes l'un après l'autre. Le sol de la hutte était en contre-bas d'un mètre environ. Au milieu, sur des pierres plates, fumaient des tisons à demi-consumés ; on apercevait çâ et là des peaux de bêtes, des lances, des armes de formes variées sus- pendues aux parois de la hutte. Des dalles et des quar- tiers de roche brute étaient rangés circulairement tout autour. Au moment où nous pénétrions dans ce réduit, un renne privé se leva effrayé et s'élança dehors. Dans un des coins, une masse sombre qu'on pouvait reconnaî- tre pour une forme humaine à travers les fourrures qui l'enveloppaient complètement, était étendue les pieds di- rigés vers les tisons. C'était I-ka-eh. Nous nous approchâmes. Le docteui iui souhaita toutes sortes de prospérités en manière de bienvenue. Sans chan- ger de position, sans chercher à nous voir, elle fit enten- dre un petit grognement de déplaisir-