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310               LES CHASSEURS DE RENNES.

pour écrire un nouveau chapitre de l'histoire de France
entièrement inédit.
   — A merveille, cher docteur, mais où cela nous mène-
t-il ? Les Gaulois, nos seuls ancêtres connus jusqu'à ces
 derniers temps, étaient des barbares; avant ces barbares
il y a eu des sauvages dont l'histoire ne parle pas; qu'im-
porte après tout? Pourquoi soulever le manteau qui cache
l'abjection de nos pères ?
   — Je vous attendais là. Vous raisonnez comme un en-
fant que vous êtes et que la vérité effraie. C'est précisé-
ment parce qu'il y a un manteau d'ignorance et de préju-
gés sur notre vieille histoire européenne, que je tiens à
le soulever. Et dussions-nous en tirer les conséquences
les plus imprévues et les plus pénibles pour notre amour-
propre d'hommes civilisés, c'est un devoir d'accomplir no-
tre tâche jusqu'au bout. Sur ces questions-là, voyez-vous,
il faut laisser le sentiment à la porte de la raison et ne
point tomber dans les délicates susceptibilités qui ne
conviennent qu'à une vieille douairière. Soyez homme,
Alexandre, et soyez de votre temps !
   Il faut vous dire que le docteur, qui avait l'âme la plus
sensible et la plus candide qui fût au monde, professait
une horreur théorique du sentiment, qui, à mes yeux,
n'était qu'un aveu de sa faiblesse native à cet endroit. Il
se défiait de lui-même et se disait sceptique pour n'être
pas trop crédule. Comme discipline morale, cette ten-
dance avait sa raison d'être personnelle et son bon côté.

                            VI

   Dans le fond, j'étais de son avis. La science peut légi-
timement prétendre à combler les lacunes de la tradition
et de l'histoire. Rien n'est à dédaigner de ce que l'étude