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316 SAINT "MAURICE ET LA LÉGION THÉBÉENNE.
Et d'une forte voix, il poussa ce cri qui retentit jusque
dans les derniers rangs de ses guerriers :
— Bas les armes !
A ce cri succéda un formidable cliquetis de fer et d'airain ;
on eût dit une grêle métallique tombant drue et serrée sur
le sol.
En un clin d'œil, tous les officiers et les soldats de la
légion condamnée avaient jeté leurs glaives, leurs lances
et leurs boucliers, Maurice, Exupère et Candide les premiers,
en mettant aussi pied à terre.
Il se fit a ce moment, dans toute l'armée romaine, un
silence plein de stupeur; une sorte, de terreur et de respect
étranges gagnaient les coeurs. Maximien lui-même et Rictius
restèrent hésitants ; la parole expira sur leurs lèvres. Mais
l'étonnement fit bientôt place au courroux ; un sombre verr
tige transporta Maximien, qui cria aux Thébéens :
« Vous êtes maudits ; je vous mets hors la loi, et vous
dévoue aux dieux infernaux ! »
Et ce disant, il ordonna à la première légion d'avancer et
d'exterminer Maurice et ses soldats.
Pâles et tremblants, les vétérans composant la première
cohorte marchent le glaive au poing contre les martyrs. Ils
chancellent, ce rôle de bourreaux leur répugne; ils voient
devant eux se dresser un fratricide. Quand ils sont arrivés
en face des Thébéens de la première ligne et qu'ils peuvent
les toucher de leurs glaives, ceux-ci mettent un genou en
terre, et se dépouillant de leurs casques, inclinent leurs
têtes nues et sans défense. • '
A cette vue, les vétérans reculent ; leurs mains mal assu-
rées laissent presque échapper le fer. Ils courbent le front ;
plusieurs ont reconnu d'anciens compagnons d'armes, et il
en est même dont les yeux se mouillent de larmes.
La pitié est contagieuse, et l'émotion qui a saisi ces vieux