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CHRONIQUE LOCALE. Est-il vrai qu'un Lyonnais aurait dit qu'il y a de bien plus beaux crimes à Lyon qu'à Paris ? le mot n'a pas dû être prononcé, mais la chose existe, que d'affreuses choses on remue dans les bas-fonds de la société ! sans compter celles qui restent inconnues. Que de procès Crépin on pourrait organiser si on pénétrait dans tous les intérieurs ! que de Dumolard impunis ! que de drames nocturnes dont Saint-Cyr et Vaise ne sont, pas les plus terribles ! Et ce, qui montre que nos mœurs n'ont pas encore répudie toute la barbarie du moyen-âge, avec quelle avidité on suit les débats, comme on s'intéresse aux particularités du crime et comme on gémit quand le huis clos vient mettre hors de Cour la curiosité ! A présent qu'aurons-nous pour amuser le public? faudra-t-il attendre bien longtemps avant d'avoir une nouvelle affaire ? — Nos voisins de la Loire, au lieu de se passionner pour les assises, après avoir fait de la musique, font de l'archéologie et se jettent dans l'histoire ancienne avec ardeur. La Diana est rachetée, et, sous l'impulsion de M. de Persigny, on va créer dans celle belle salle un musée archéolo- gique départemental et une bibliothèque où seront réunis tous les documents qui concernent la province. Lyon est distancé, non que nous ne possédions aussi des bibliothèques et des musées, mais le souffle d'en haut manque et les efforts individuels sont trop laissés à eux-mêmes. A Montbrison s'organise une Société d'archéologie qui compte plus de deux cents membres. La nôtre n'a pas vingt membres, et si elle compte des hommes d'un mérite supérieur, il faut avouer que le public est tout à fait indifférent à ses efforts. Saint Etienne organise un Congrès scientifique, et il est malheureusement certain que les Lyonnais n'y seront pas en majorité. — Nous ne sommes pas des barbares, cependant, j'en prends à témoin la joie de notre ville en voyant le retour de M. Dcleslang, la curiosité qu'on a mis à connaître nos nouveaux artistes, et l'ardeur avec laquelle on attend les représentations de M me Miolan-Carvalho, engagée pour un mois au prix de mille francs par soirée. Nous pouvons prédire une série de représentations à ne savoir où mettre le publie. A. V. Aimé VINGTRINIER, directeur-gérant.