page suivante »
NICOtAS BERGASSE. 361
falaises de Normandie monter d'heure en heure le bruit de la
mer. Ce n'était pas au mesmêrisme, c'était à la liberté,
écrivait Bergasse à son ami, qu'il s'agissait d'élever un temple.
Les salons de ce temps ne ressemblaient déjà plus aux
salons du dernier règne. L'esprit public avait changé comme
change un adulte devenu homme fait. On dogmatisait tou-
jours comme d'Alembert, on déclamait comme d'Holbach, on
riait comme Diderot; mais ce n'étaient plus les maîtres qui
tenaient le devant de la scène, c'étaient les élèves de l'Ency-
clopédie, se sentant plus près des réalités et du succès, plus
journalistes que savants, plus enclins aux querelles de la poli-
tique courante qu'aux spéculations de la philosophie pure.
La maison du banquier Kornmann est signalée dans les mé-
moires du temps comme un des quartiers généraux de cette
armée de l'opinion qui marchait a l'assaut de l'ancien ré-
gime. On y rencontrait à côté de Bergasse, qui logeait sous
le môme toit que son ami, Brissot, fameux dans le petit cé-
nacle pour avoir visité, par amour de la liberté, l'Angleterre,
les Etats-Unis et même la Bastille ; Lafayetle, déjà populaire
pour sa campagne d'Amérique, comme devait l'être au
douzième siècle un héros de retour des croisades ; Carra et
Gorsas, qui se préparaient à la liberté prochaine des journaux
par la licence des pamphlets ; d'Esprémenil, en train de se
compromettre au parlement contre la cour en attendant de
s'illustrer à la Constituante contre les ennemis du trône ;
l'abbé Sabatier, autre violent parlementaire, plus influent
sur ses collègues que considéré dans le public ; Péthion de
Villeneuve, qui devait être le triste maire de Paris du 10
août ; Clavière, son Pylade, financier et Genevois comme
Necker, futur ministre de la Révolution comme Péthion,
esprit fertile en vues pratiques, en idée nouvelles, mais inha-
bile à les produire au jour, et que Mirabeau, qui lui dut ses
premiers succès comme économiste, se flattait de savoir seul