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                             LES VILLEROY.                            103

 oorde finit par se rompre à la suite d'une violente alterca-
 tion survenue entre Villeroy et le cardinal Dubois, scène
 bizarre qui couronna étrangement des tentatives de récon-
 ciliation poursuivies entre ces deux personnages. Dubois
 pressa le régent de choisir entre le maréchal ou lui. Villeroy
 fut arrêté le 10 août 1722, catastrophe dure pour son
orgueil, mais douce en réalité, car après l'avoir exilé dans
son château de Villeroy, on lui permit d'aller a Lyon exercer
paisiblement ses fonctions de gouverneur. Au bout de deux
ans, il reparut un instant a la cour. Soutenu par ses fils, le
duc de Villeroy et l'archevêque de Lyon, le vieux maréchal
se présenta devant Louis XV ; il se jeta a ses pieds et lui
baisa les mains , sans que le jeune monarque daignât lui
adresser une seule parole. Villeroy se résigna difficilement
a comprendre que son temps était fini. Pour ne pas s'éloi-
gner de Versailles, il établit sa résidence a Paris où il mourut
enfin le 18 juillet 1730.
   Tel fut le maréchal de Villeroy : adulation, vanité creuse,
 voilà les traits distinctifs de cette existence qui occupa trop
longtemps la scène du monde français. Comme guerrier, il
n'eut qu'une qualité, commune du reste à ceux de sa race
et de sa caste, la bravoure ; chef du conseil des finances,
il mettait, souvent ses amis dans l'embarras par le spectacle
trop évident de sa nullité. Cependant il faut être juste avec
tout le monde, et nous devons être reconnaissants au ma-
réchal d'avoir fait triompher les vœux du consulat pour em-
pêcher dans notre ville l'établissement d'une banque suivant
le système de Law (1). C'est aussi un titre que d'avoir tou-
jours méprisé Dubois, et que d'être resté entièrement étran-
ger à la fureur de l'agiotage qui fit tant de victimes sous
la régence. Si j'ai cité au hasard parmi les actes de complai-

  (1) Voir aux Archives municipales le registre des missives du Consulat
de 1715 à 1737, f. 56 et 57.