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392 LE COMBAT DES MARIÉS
et en oultre, Ã la femme dudit seigneur de saincl-Paul, lui
estant au pays.
El l'appointemenl eslre faict, se trouvèrent les deux cham-
pions dessus nommés au jour assigné que fut le douzième de
mai l'an mil cinq cent et quatre, en la place devant le chas-
leau de Thurin, montés et armés ; cest assavoir le dit seigneur
de Sainct-Paul sur un rouçin grison bien bardé , et ses bar-
des couvertes de damas moitié rouge, et l'autre rouge et noir
à grans bendes et dessus l'arnois accoustrè de mêsme, et
Corsant monté sur un rouçin de poil de pie bien bardé aussy
et ses bardes couvertes moitié satin et moitié damas tout gris,
bordé de velours cramoisy, et son accoustremenl de mesme
au borrellet semblable à leur dil accoustremenl.
Auxqueulx furent présentées lances, desquelles à la pre-
mière course s'attaquèrent bien adroit; cest assavoir le cham-
pion des mariés fut allainl au bord de sa cuirasse, tellement
qu'il ployât en derrière, et le champion des non mariés fut
attaint un petit soubs la petite pièce, et de ce coup leurs
lances voullarenl en plusieurs pièces. Puis reprindrenl lances
nouvelles, desquelles coururent pour la seconde fois, dont le
seigneur de Sainct-Paul rompit la sienne bien gaillardement,
laquelle rompue, rencontra sa partie au choc de teulle sorte
que le peylral, sangle, selle et cropière dudit cheval de sa
dite partie rompirent. El fut pourté par terre tout eslendu et
désarmé de plusieurs pièces, en fasson que plusieurs cuy-
doienl qu'il fut folié; mais incontinent fut relevé sus pié et
fit bien son debvoir de vouloir combattre à l'espée, en para-
chevant les choses dessus dites.
Et nonobstant que le droit voulsil, veu qu'il avoil esté
porté par terre, qu'il ne remonta plus à cheval sans avoir
parfaict son combal, ledit seigneur de Sainct-Pol de sa grâce
plein de noblesse permit qu'il reprinl autre cheval h son ap-
pétit pour parfaire leur entreprinse comme il fit, et eslre re-