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                    ou L'ÉCOLE DES PAYSANS                  205
franches explications. Voyons, n'êtes-vous pas trop con-
fiant à l'égard du fils de Joly, de ce Pierre, qui est un garçon
déluré, qui a été à Paris longtemps, qui connaît la vie des
villes ?
    « Vous n'avez donc aucune idée des malheurs qui peuvent
arriver dans votre famille par suite de tout cela ?
   « Je vous avoue qu'on en parle beaucoup autour de
nous, et vous vous préparez de grands chagrins. Si, après
le retour de ces jeunes gens, ils s'étaient mariés tout de
suite, rien de mieux; mais voilà Pierre parti pour l'armée ;
il en a pour sept ans. Me ferez-vous croire qu'il pensera
encore à Jeannette après ce temps-là ? Il aura eu bien d'au-
tres amours en tête ! Elle sera alors une vieille fille, il en
prendra une plus jeune.
   « Après tout ce qui se passe, personne ne voudra plus
d'elle, cela va sans dire. Aujourd'hui même, croyez-vous
qu'on en voudrait ? Elle est guérie de sa triste maladie, c'est
vrai; mais sa tête ne va-t-elle pas se déranger de nouveau
avec ses idées extravagantes toujours tournées vers son pré-
tendu, et avec ses lettres qu'on sait qu'elle lui écrit si sou-
vent, ce qui, entre nous soit dit, n'est guère convenable ?
    « Mais enfin cela vous regarde. M. Richemont vous donne
à ce sujet des conseils qui ne me paraissent pas bons; ces
grands bourgeois se moquent pas mal des aventures du
pauvre monde, ce sont même des histoires qui les amusent
et leur font passer agréablement le temps ! »

      (A suivre).
                              EUGÈNE    CORTAMBERT.