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SOUVENIRS ACADÉMIQUES LYONNAIS 469
ne nommer que les derniers que nous avons perdus. Si je
suis arrivé jeune à l'Académie, ce fut seulement après un
premier échec. Je le dis pour aider à consoler, s'il se peut,
les nombreux candidats qui ont été, comme moi, victimes
des rigueurs d'un règlement d'après lequel, pour échouer,
il suffit d'avoir contre soi une [minorité de sept ou huit
voix.
Quand j'entrai ici pour la première fois, je trouvai
autour de cette même table un cercle d'hommes distingués
dans les sciences, les lettres et les arts, qui tous ont depuis
longtemps disparu, mais dont les noms ne sont pas encore
oubliés. Quant à moi, ils sont demeurés bien gravés dans
ma mémoire et je me souviendrai toujours de l'accueil
bienveillant qu'ils firent au jeune professeur récemment
nommé à la chaire de philosophie de la Faculté des
lettres.
Quand je compare cette Académie d'il y a cinquante ans
à l'Académie d'aujourd'hui, j'y trouve non pas assurément
plus de savoir et de mérite, mais peut-être un plus grand
nombre de physionomies originales, je puis le dire sans
crainte d'offusquer l'amour-propre de la nouvelle Aca-
démie. Je vais tâcher de vous en dépeindre quelques-unes
au courant de mes souvenirs, sans chercher à les classer,
et surtout sans nulle prétention à être complet. Je ne veux
d'ailleurs parler que des morts, j'éviterai de nommer les
vivants.
Parmi les plus anciens que j'ai connus, je vois encore la
bonne et ouverte figure du docteur VIRICEL qui a tenu une
place éminente parmi les grands chirurgiens qui se sont
succédé à notre Hôtel-Dieu. Par un innocent et léger tra-
vers d'amour-propre littéraire, il aimait à faire des paral-
lèles, entre autres celui d'Alexandre et de César. Je