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                  DU RÈGNE DE LOUIS XIII                   405

cence et son injustice à le persécuter, ajoutant que puis-
qu'il faisait mine d'être chrétien, il fallait dans cet instant
se rendre à la vérité, qu'il était un scélérat, et qu'il le
renonçait pour son juge, et prenait à témoins tous les
 assistants qu'il le récusait pour tel. Le peuple à ce cri
s'assembla autour d'eux ; chacun hausse les épaules, et tous
commencèrent à murmurer contre ce juge inique. Le
prévôt de l'Isle, qui se trouva du nombre des spectateurs, les
voulut séparer ; mais le chevalier de Jars ne quitta point
cet homme ; et le pressant de répondre, il le fit en ces
termes, avec une froideur tout entière: «Monsieur, lui dit-il,
ne vous plaignez point ; je vous assure que Monsieur le
Cardinal vous aime. » Il ajouta, sur ce que le chevalier le
pressa de répondre sur son innocence qu'il en serait quitte
pour aller en Italie ; mais que cependant il voulait bien
qu'on lui montrât de petites lettres écrites de sa main qui
lui feraient voir qu'il était plus coupable qu'il ne se l'ima-
ginait. Le chevalier, ne comprenant rien dans ce galimatias,
et voyant qu'on le poursuivait vivement, se crut mort. Il
résolut du moins de payer de courage, et de faire ce qu'il
convenait à un homme d'honneur tel qu'il était. En effet,
il fut mené sur la 'sellette, où" fort constamment il récusa
pour juge Laffemas, lui reprocha toutes ses lâchetés,
l'appela une seconde fois scélérat, et avertit ses autres juges
de ce que Laffemas avait promis au cardinal [contre lui. Il
fut interrogé tout de nouveau, et demeura trois heures en
cet état. Il se défendit si courageusement qu'il confondit
ceux qui le voulaient perdre, 'et qui avaient du moins le
dessein de lui faire trahir ses amis. Sortant de là, le prévôt
de l'Ile s'approcha de lui et lui dit : « Monsieur, bon cou-
rage, j'espère bien pour vous, car on m'a dit de vous
ramener dans la prison où vous êtes, et c'est l'ordinaire de