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356 IES CONFESSIONS DE M me ARTHUS à de secondes noces, sans que la rencontre de personne au monde ait d'abord fait parler son cœur. Cette explication, je ne l'essaierai pas. Salomon, le sage par excellence, qui a si judicieusement écrit de tout, et qui possédait sous les yeux, en la personne de ses huit cents femmes, un vaste champ d'études et d'expériences, a pour- tant renoncé à décrire les mystères du cœur féminin. Il me sera permis à moi, qui n'ai pas, à beaucoup près, la même compétence, d'imiter sa réserve et de risquer une simple approximation. Vous connaissez ces curieux panneaux de la Renaissance, où l'artiste a su allier et combiner, pour le plaisir des yeux et l'étonnement de l'esprit, les éléments les plus divers. C'est un rigide motif d'architecture s'épanouissant en feuil- lage ; des trophées de fruits pendus aux dents de mascarons railleurs; une figure humaine-issant d'une fleur ou allant se fondre en de capricieuses volutes, tandis qu'à côté un rin- ceau s'anime et donne naissance à quelque énigmatique chimère. L'ensemble forme un tout charmant, parfaitement harmonieux, tout en restant parfaitement invraisemblable. Telle mes souvenirs me présentent Mme Arthus, telle aussi vous devez revoir plus d'une femme que vous avez connue. Quoi qu'il en soit, je ne reçus aucune lettre ; à dire vrai, je n'attendais guère qu'une lettre de faire part. Quelque temps après, revenant à Bar-sur-Mer, je m'enquis des nou- velles de Mme Arthus : toujours veuve, elle habitait toujours sa maison du mail. Il me sembla que les convenances m'imposaient une visite. D'ailleurs, la vie de voyage est si désœuvrée le soir, pour- qui ne pratique ni le piquet ni la manille ! On est vers la fin de l'hiver. J'attends quelques minutes auprès d'un beau feu que la servante fait flamber à pleine