Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                   DU RÈGNE DE LOUIS XIII                  4O7

point sans grandeur. Ce Laiïemas maudit est loin d'être un
esprit vulgaire. Son astuce, sa cruauté ne sont pas le fait
d'une âme commune. Après tout il avait dit la vérité en
affirmant à de Jars qu'il en serait quitte pour un voyage en
Italie, car c'est précisément ce qui lui arriva. Puis le sang-
froid montré par Laffemas, et qu'admire malgré elle
Mme de Motteville, prouve une possession de soi, un
courage que bien des juges modernes pourraient imiter avec
avantage.
   On peut bien aussi jusqu'à un certain point disculper
Richelieu du renom d'inhumanité que de tels récits, joints
aux clameurs des contemporains, font planer sur sa
mémoire. Il était assurément entouré d'ennemis irréconci-
liables et de complots sans cesse renaissants. Pour ne pas
périr il lui fallait donc montrer à ses adversaires qu'il ne les
craignait pas, et dans bien des cas il dut légitimement
chercher à obtenir par la crainte le respect et l'obéissance
qu'on ne lui aurait pas accordés sans cela. Ceci dit à sa
décharge, il faut reconnaître que la haine chez lui était un
sentiment vivace. Comme il fut serviable aux siens, ainsi
se montra-t-il implacable envers ses adversaires. Il leur
prête les plus noirs desseins, les accusant souvent en ses
Mémoires d'avoir voulu le faire assassiner et racontant tout
au long quels moyens ils voulaient prendre pour cela ;
nommant le misérable chargé d'être l'exécuteur de leurs
machinations. Mais, ceci est à remarquer, toujours, par un
hasard providentiel, il arrive que cet homme commet
quelque autre crime, fait éclater au grand jour le complot,
sauve ainsi le cardinal et lui permet de faire avec justice
condamner l'émissaire vrai ou supposé de ses ennemis.
   Richelieu, qui avait été au début de sa carrière une
créature de la reine mère, fut amené par la suite à lutter