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4û6            ÉTUDE SUR QUELQUES ANNÉES

mener ceux qu'on va condamner à mort dans un autre
lieu. » Le chevalier lui dit du même ton, dont il avait
accoutumé de censurer les choses qu'il n'approuvait pas :
« Mon ami, ces pendards me vont condamner; je le vois
à leur mine. Il faut avoir patience, et le cardinal enragera
de voir que je me moque de lui et de ses tortures. »
Aussitôt qu'il fut parti, Laffemas montra aux juges une
lettre du cardinal, ou plutôt du roi, parlant ainsi de ce
chevalier : « S'il est condamné à la gêne qu'on la lui
montre et qu'on ne la lui donne pas. S'il est condamné à
mort, qu'on sursoie à l'exécution, « Ayant été condamné,
on le mena à l'échafaud ; il y parut plein de courage et
d'honneur; il se moqua de ses juges et de ses ennemis,
montrant de recevoir la mort avec une grande fermeté. Il
m'a dit depuis qu'il y avait souffert, mais que Dieu lui avait
fait de grandes grâces, et qu'il avait reconnu par expérience
qu'il avait soin de ses créatures. Etant près d'avoir la tête
tranchée on lui vint apporter sa grâce.
   « J'ai ouï dire à d'autres qu'à lui, qu'après avoir reçu sa
grâce, il fut longtemps sans pouvoir parler et privé de sen*
timent : tant la nature a de peine à souffrir sa destruction. »
   Il n'y a rien d'étonnant ni de déshonorant dans cette
faiblesse purement physique, après l'extraordinaire courage
moral dont venait de faire preuve le chevalier. Il offre à nos
réflexions un spectacle plein d'enseignements, ayant su
ainsi sacrifier sa vie à son honneur, à ce qu'il croyait être
son devoir ; spectacle plus beau même que celui du courage
militaire, car la mort présente un aspect autrement lugubre
sur l'échafaud que sur le champ de bataille. Mais si, grâce
au récit passionné de Mme de Motteville, l'admiration et la
sympathie vont tout d'abord au malheureux persécuté, on
trouve, à la réflexion, que le personnage du persécuteur n'est